Qu’est-ce-qu’une oeuvre d’art ? Voilà une question qui, pour certains, peut leur rappeler les bancs du lycée où, joyeusement, ils s’arrachaient les cheveux sur d’improbables sujets de philosophie. Mais tel n’est pas notre but. Commençons par en définir les caractéristiques.

Comment définir une oeuvre d’art ?

En effet, s’il est communément admis qu’une œuvre d’art est une création artistique, esthétique, et originale, ses formes sont multiples : peinture, sculpture, photographie, montage, installation, etc. Pourtant, l’unicité est dans ses gênes. Car, à l’origine, le mot « œuvre » désigne le travail d’un artisan, dont la patte est, par définition, singulière. On le retrouve d’ailleurs dans le terme « chef-d’œuvre » qui, au temps du compagnonnage, désignait la réalisation d’une pièce exceptionnelle permettant au compagnon d’accéder à un rang supérieur au sein de sa corporation.

Et, même si, de nos jours, le mot a pris un sens plus large, il n’est pas synonyme d’œuvre d’art. Car, en France, cette appellation est strictement encadrée par la législation fiscale (Article 98-A du code des impôts), offrant des avantages spécifiques en termes de TVA et d’impôt sur la fortune.

Définition juridique de la notion 

 

A ce titre, une œuvre d’art est obligatoirement, et entièrement, exécutée à la main par l’artiste. Pour ce qui est des photographies, elles ne peuvent avoir été prises que par lui, tirées par lui ou sous son contrôle, puis signées et numérotées. Et ce, d’autant plus que la loi limite les exemplaires à des nombres bien définis : pour exemples, huit maximum pour une tapisserie faite à la main, pas plus de trente pour un cliché. Voici un extrait de l’article 98 A de l’annexe III du Code général des impôts qui définit de manière juridique la notion d’oeuvre d’art :

« 

II. – Sont considérées comme œuvres d’art les réalisations ci-après :

Tableaux, collages et tableautins similaires, peintures et dessins, entièrement exécutés à la main par l’artiste, à l’exclusion des dessins d’architectes, d’ingénieurs et autres dessins industriels, commerciaux, topographiques ou similaires, des articles manufacturés décorés à la main, des toiles peintes pour décors de théâtres, fonds d’ateliers ou usages analogues ;

Gravures, estampes et lithographies originales tirées en nombre limité directement en noir ou en couleurs, d’une ou plusieurs planches entièrement exécutées à la main par l’artiste, quelle que soit la technique ou la matière employée, à l’exception de tout procédé mécanique ou photomécanique ;

3° A l’exclusion des articles de bijouterie, d’orfèvrerie et de joaillerie, productions originales de l’art statuaire ou de la sculpture en toutes matières dès lors que les productions sont exécutées entièrement par l’artiste ; fontes de sculpture à tirage limité à huit exemplaires et contrôlé par l’artiste ou ses ayants droit ;

Tapisseries et textiles muraux faits à la main, sur la base de cartons originaux fournis par les artistes, à condition qu’il n’existe pas plus de huit exemplaires de chacun d’eux ;

Exemplaires uniques de céramique, entièrement exécutés par l’artiste et signés par lui ;

Emaux sur cuivre, entièrement exécutés à la main, dans la limite de huit exemplaires numérotés et comportant la signature de l’artiste ou de l’atelier d’art, à l’exclusion des articles de bijouterie, d’orfèvrerie et de joaillerie ;

Photographies prises par l’artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus. « 

amateur d'art qui s'interroge devant un tableau de Vincent Van Gogh

Quel est le but d’une oeuvre d’art ?

Cette relative rareté, non seulement attise les convoitises des spéculateurs, dont l’intérêt est d’acquérir d’actuels ou de futurs chefs-d’œuvre – œuvres d’art passées à la postérité par leur qualité ou par la renommée de leur auteur -, mais pose une question majeure : à quoi sert une œuvre d’art ?

Messagère de l’expression artistique

En premier lieu, elle permet à l’artiste de s’exprimer, d’apposer ses idées, sa sensibilité ou sa perception du monde, sous une forme autre que les mots. De ce fait, l’œuvre peut être légère ou dramatique, concrète ou poétique, plane ou en relief, figurative ou abstraite, etc. Dans tous les cas, comme l’avait indiqué l’écrivain Emile Zola, « une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament ». En cela, elle reflète donc souvent l’état d’esprit de son auteur au moment où il l’a réalisée, ou s’inscrit dans un projet plus global. Ainsi, Monet, lorsqu’il a peint durant 31 ans la série de Nymphéas -environ 250 peintures, représentant toutes le bassin de nénuphars de sa maison de Giverny – n’a-t-il jamais reproduit la même œuvre.

L’oeuvre d’art comme invitation à la curiosité 

Par ailleurs, si on se place de l’autre côté de l’œuvre, avec les yeux de celui qui la contemple, « il importe de se taire comme en présence d’un prince : attendre de savoir s’il faut parler et ce qu’il faut dire, et ne jamais prendre la parole le premier. Faute de quoi, on risquerait fort de n’entendre que sa propre voix » (Arthur Schopenhauer). Car, même si, quelquefois, les œuvres d’art décorent, surtout les réalisations modernes, elles n’ont pas à proprement parler de fonction utilitaire. En réponse ou non aux intentions de leur auteur, elles sollicitent nos sens et nos émotions, et peuvent nous interroger en nous interpellant, en éveillant notre curiosité, ou en nous rappelant quelque événement personnel ou particulier. En tout état de cause, bien qu’elles soient un bien physique, elles touchent notre âme, et c’est ce qui explique que chacun d’entre nous ne réagit pas de la même manière face à elles, l’indifférence n’étant jamais de mise.

la Joconde - Musée du Louvre

Comprendre une oeuvre d’art

Comment s’interroger face à une oeuvre d’art ? 

N’avez-vous jamais entendu quelqu’un de votre entourage s’exclamer : « oh, moi, je n’y connais rien ! » ? Alors que, si vous mettez cette même personne devant, par exemple, « Guernica », œuvre magistrale de plus de 27 m² réalisée par Picasso pour dénoncer le bombardement de cette ville lors de la guerre d’Espagne, il est quasi certain qu’elle réagira. Qu’elle soit fascinée, dégoûtée, effrayée ou tout autre adjectif, elle ressentira une vraie émotion, et nul besoin de connaître les codes de la peinture pour cela.

Néanmoins, pour ceux qui voudraient entrer plus profondément dans l’œuvre, comme le font les spécialistes, les étudiants en histoire de l’art, ou les passionnés, sachez que de nombreux critères sont à prendre en compte.

Tout d’abord, intéressez-vous à son contexte : qui l’a réalisé ? Quand ? Avec quelle(s) technique(s) ? Quels matériaux ? Sur quel support, et dans quel format ? Tout cela peut notamment vous apporter quelques explications sur l’œuvre. Demandez-vous également s’il s’agit d’une commande faite à l’artiste qui, de ce fait, aura peut-être été moins libre dans son processus de création, ou d’une production qu’il aura entièrement imaginée.

Une fois cela fait, vous pourrez aborder la deuxième phase de votre étude en procédant à une lecture descriptive, interrogative et interprétative. Cela signifie que vous devez partir de ce que vous voyez, en énumérant tout ce qui est visible. Pour une peinture, par exemple, le plus simple est de procéder par plans, surtout si son format est grand, et de lister tous les éléments présents : personnages, formes, couleurs, degré de réalisme, sujet (religieux, historique, etc.), lieu, etc.

Tous ces éléments combinés entre eux vont forcément susciter des questions, et leur confrontation avec les indices relevés dans un premier temps permettra une lecture interprétative de l’œuvre.

Si vous êtes néophyte, nous vous conseillons de débuter votre approche par les œuvres les plus connues, donc peut-être les plus faciles à décrypter, mais rappelez-vous que, malgré ce processus relativement standardisé, votre lecture vous sera propre, tout comme vos émotions.

Et, si le cœur vous en dit, comme les lieux d’exception ne manquent pas dans notre belle région, pourquoi ne pas aller vous entraîner, entre autres, au Musée Granet d’Aix en Provence, ou au Musée Matisse de Nice ?

Quelques conseils pour mieux « comprendre » une oeuvre d’art 

 

1. L’intériorisation de l’art

Lorsque nous sommes confrontés à une œuvre d’art, il se produit souvent un processus d’intériorisation. L’œuvre ne reste pas simplement un objet extérieur ; elle devient une partie de nous. Cette intégration peut influencer notre perception du monde. Par exemple, une représentation artistique peut façonner notre vision d’un concept ou d’une entité, comme une figure divine.

2. La saisie intellectuelle

Au-delà de la simple perception, il y a une quête de sens. Cette démarche va au-delà de la simple appréciation esthétique et cherche à saisir l’essence même de l’œuvre. Cela peut impliquer une exploration des intentions de l’artiste, du contexte culturel ou des influences qui ont guidé la création de l’œuvre.

3. Le rôle central de la culture

La culture est un prisme à travers lequel nous voyons et comprenons le monde. Elle fournit les outils nécessaires pour interpréter et donner du sens à une œuvre d’art. Ainsi, notre culture personnelle et collective joue un rôle essentiel dans notre capacité à comprendre l’art.

4. L’évolution constante de la compréhension

La beauté de l’art réside dans sa subjectivité. Notre compréhension d’une œuvre d’art est en constante évolution, influencée par nos expériences, nos connaissances et notre croissance personnelle. La quête d’une compréhension absolue est peut-être illusoire, mais elle est aussi ce qui rend l’exploration de l’art si enrichissante.

En conclusion, comprendre une œuvre d’art est une démarche à la fois intime et universelle. C’est un voyage qui nous invite à explorer notre propre âme tout en nous connectant à l’essence même de l’humanité.

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